Cliquer ici pour lire le Portrait de JOBIC LE MASSON dans le Jazz Hot n°680, été 2017

Propos recueillis par Jean-Pierre Alenda. 

Photos de Patrick Martineau












 




 





Un tour du monde du groove

Dès les premières mesures de Song, le dernier album du pianiste français Jobic Le Masson paru en décembre dernier, on sait que ça va groover. Un beau riff ascendantlancépar la contrebasse de Peter Giron, un appel de la batterie de John Betsch, et la machine est lancée. Jobic Le Masson entre dans la danse et l’alto de Steve Potts, n’a plus qu’à exposer le thème. Mieux vaut accrocher sa ceinture : ces quatre-làsontbranchés sur de la très haute tension.
Rien de répétitif ni d’assommant toutefois dans l’énergie que le quartet insuffle à la musique de Song. Si le groove du morceau d’ouverture est plutôt latin, celui de Tangle, trois pistes plus loin, ressembleàune marche militaire d’éclopés. On frise le free sur Double Dutch Treat, le rock n’est pas loin sur Waldron Well, et on s’approche carrément du heavy metal sur Backache.Bref,Jobic Le Masson sait nous promener.
Côté références, on ne s’ennuie pas non plus. Une citation de Stevie Wonder par-ci, une autre de Coltrane par-là… Mais on pense surtout à Steve Lacy et Mal Waldron, deux musiciens dont l’esprit irrigue le disque… peut-être parce que Steve Potts les abienconnus. Des compos savamment dosées, donc, dans une esthétique très accessible qui ne s’interdit pas de jouer out, voire franchement free. Le résultat est, il faut bien le dire, assez jouissif.

A signaler : les quatre compères seront au Grenier de la gare d’Ivry-sur-Seine les 24 et 25 février. Fortement conseillé ! 

Adrien Renaud - CA C'EST DU JAZZ - janvier 2017









 Le pianiste Jobic Le Masson sort son second disque en leader après Hill en 2008 né sur la scène des Sept Lézards et salué par la critique. Entouré des fidèles Peter Giron à la contrebasse et John Betsch à la batterie depuis 2006, le saxophoniste alto Steve Potts se joint à eux en 2012 et le disque sobrement intitulé Song qui paraît sur le label Enja Records est là pour en témoigner. Steve Potts, à 73 ans, est loin d’avoir dit son dernier mot. Installé à Paris depuis 1970, connu pour son compagnonnage de trente ans avec Steve Lacy auprès duquel a beaucoup joué aussi John Betsch, ces quatre musiciens et fortes personnalités qui ont choisi de rester en France ne pouvaient que s’entendre. Jobic Le Masson qui a fait des études d’ingénieur du son au célèbre Berklee Collège of Music de Boston se place dans le sillage de Thelonious Monk ou Cecil Taylor en passant par Mal Waldron ou Andrew Hill ( d’où le titre du premier disque du trio ). C’est un pianiste discret qui joue beaucoup avec les musiciens de la scène parisienne ( souvent au Bab Ilo rue des Baigneurs à Paris ) et enregistre peu. La passion de la composition l’emporte sur le souci de la rentabilité. Un jeu puissant mais nuancé avec les deux maîtres du temps que sont Peter Giron et John Betsch et le brodeur qu’est Steve Potts, cela ne pouvait donner qu’une vraie réussite.

Une attaque franche sur un ostinato de contrebasse avec Cervione, des dissonances subtilement maîtrisées sur Tangle, enchevêtrement de notes d’où le trio tire gaiement fort bien les ficelles, aidé en cela par le jeu explosif et libre de Steve Potts. De jolies ballades comme le titre éponyme où le jeu de John Betsch tout en douceur fait merveille avec son bruissement de cymbales, ou Idania où se remarque le jeu vif et coloré de Peter Giron. Les thèmes sont souvent obsédants comme dans Waldron Well engagé au piano ( hommage à Mal Waldron ) ou à la contrebasse dans Double Dutch Treat qui ne lâche rien tout le long de ce morceau qui est mon préféré et d’où se dégage une grande force et un grand équilibre d’un côté, assuré certainement par une paire rythmique impeccable ; et de l’autre côté une espèce de folie engendrée par les jeux du pianiste et du saxophoniste. Tous les quatre sur une corde raide à mille pieds au-dessus du sol avec nous les contemplant et nous demandant comment cela est possible. Pour soigner un lumbago naissant, vous avez le choix : soit être assis dans un bon fauteuil les yeux fermés à écouter ces artistes de haut vol avec Backache ou bien danser. Dans les deux cas, vous vous faites la promesse de courir acheter ce disque puisque vous êtes guéri ! Et je fais mien le titre de la dernière composition déjantée : You must Think I’m Crazy  !


Florence Ducommun, vitrine de décembre 2016 - CULTURE JAZZ 






 


JAZZ À PARIS 


 S'il est un talent indéniable à reconnaître au pianiste Jobic le Masson, c'est celui de compositeur. Il est de ceux, rares, capables de donner à entendre un nouveau thème qui parvient à s'inscrire d'emblée et durablement dans nos mémoires par son évidence, par sa séduction, par ses échos multiples avec la formidable aventure du jazz. Le nom de l'album, "Song", par ailleurs titre de l'une des pièces, en dit bien l'ambition. La vidéo promotionnelle, "Cervione", première pièce de l'album, en est une illustration emblématique.

Mais près de la moitié des titres de cet album sont dûs aux autres musiciens de son trio : Peter Giron, le bassiste et John Betsch, le batteur, ainsi qu'à l'invité de marque, Steve Potts, qu'il est lassant de présenter comme principal compagnon de route de Steve Lacy, tant son talent propre suffit.

Aussi, pour éviter tout a priori, je suggère une écoute sans lecture de la pochette, sans chercher à savoir de qui est telle pièce. Mais quand on écoute "Backache" (mal de dos), obsédant au possible, à la pulsation affolante, on reconnaît la pièce jouée avec le trio d'Aldridge Hansberry, "In the Moment" (vidéo). Jobic, bien sûr. Impossible d'oublier, vous dis-je.

Le trio ? Il fonctionne depuis plusieurs années, ce qui lui permet une mise en place impeccable. Dans ce trio, la voix mélodique n'est pas le seul fait du piano, mais très souvent aussi celle de la basse, quand ce n'est pas la batterie qui s'en mêle. Le piano souligne alors le discours des autres par de légères touches, quand il ne rappelle pas que c'est aussi un instrument de percussion. Inutile de préciser que dans ce registre, le jeu de John Betsch (lui aussi compagnon de Steve Lacy) ignore tout de la régularité, propulsant par moment le chaos au niveau d'un sacerdoce.

Un trio de solistes, qui respire la joie de jouer, qui fait vibrer, marquer le tempo par tout notre corps.

Et Steve Potts ! Je garde le souvenir ébloui de quelques concerts aux Sept Lézards, lorsqu'il était accompagné de quelques uns des plus solides talents de la scène française du jazz : Sophia Domancich, Simon Gouber, Stephane Kerecki ...

Mais Steve Potts vaut par son présent.

Le sentiment qu'il est plus libre que jamais. Un véritable chant, sans entrave, tourmenté parfois, volubile et inventif toujours.

Prenez "Tangle". Une marche sardonique. Un contrechant acidulé au piano. Un Potts parfaitement à l'aise, superbement chantant, virevoltant. Solo de basse. Solo de piano, économie de notes, pulsation irrésistible . Un John Betsch en très grande forme. Un thème qu'on ne risque pas d'oublier.

Après les impertinences de "Tangle", les rondeurs de "C". Très beau solo de basse, envolées au soprano puis dialogues multiples où chacun complète la phrase de l'autre, où tout semble écrit tant ces interventions s'enchevêtrent. Belle science du quartette !

Dans "Waldron Well", Steve Potts nous offre un chant qu'on se lasse pas de suivre, dans ses circonvolutions, ses accents coltraniens par moments, ses tourments, accompagné d'une ligne de basse en forme de socle proteiforme. Des ponctuations au piano avant que de prendre le relai. Ces couleurs chatoyantes du jazz qu'on aurait pu croire disparues, une main droite et une main gauche qui se répondent . Une forme de plateau, répétitif , pour laisser place au retour du thème .

"Double Dutch Treat" est un thème simple, à la pulsation insistante, irrésistible . Une très belle envolée d'un Steve Potts décidément en grande forme. Un accompagnement du trio infernal pour un Steve Potts qui côtoie les sommets. Solo de basse, très chantant. Retour du trio, d'abord par petites touches, puis d'une manière affirmée . Un superbe déferlante de John Betsch avant le retour du thème .

Un vrai bonheur musical que cet album.

Guy Sitruk - JAZZ À PARIS








Un trio rare (Jobic Le Masson au piano, Peter Giron à la contrebasse, John Betsch à la batterie) qui existe depuis dix ans, un disque sorti en 2008 « Hill ». Puis la conjonction avec Steve Potts il y a trois ans rendait indispensable ce deuxième opus oùletriofranco-américain se met en quatre pour faire chanter le jazz.

Avec cette particularité que le saxophoniste comme le batteur ont été compagnons de route de Steve Lacy pendant sa période parisienne particulièrement. Ce qui ne les a pas empêchés de jouer avec bien d'autres, tous les quatre, et d'enseigner aussi.

Beaucoup d'atouts donc pour des musiciens si discrets. Un pianiste qui connaît Monk  et Ellington sur le bout des doigts, comme en témoigne Songjustement, une parmi ses six compositions. Un sax alto qui sait aussi sopraner (Round Table For Four) et composer (l'étrange tango Tangle, Idania et You Must Think I'm Crasy, très bref et qui n'en pense pas moins). Le bassiste et le batteur ont aussi chacun la leur, Brook, intimiste, pour le premier et Double Ducht Treat pour le second, et pour le soprano encore.Une belle énergie collective (Cervione, Walldron Well Backache...) dans les thèmes décalés qui permet à chaque musicien de se donner à fond en toute liberté, mais tout en déployant cette esthétique commune qui fait de ce trio à quatre un groupe à part entière.


30 novembre 2016, par Alain Lambert - Musicologie.org 




 


JOBIC LE MASSON TRIO + STEVE POTTS : RENCONTRE DU QUATRIÈME TYPE DANS LE MONDE DU JAZZ.


Le trio est constitué de musiciens d’exception et leurs collaborations avec d’autres musiciens renommés sont multiples. Jobic Le Masson : piano, Peter Giron : contrebasse, Luther Allison, Kurt Elling, Rhoda Scott et John Betsch : batterie, batteur attitré de Steve Lacy depuis 1985, Archie Shepp, Max Roach, Mal Waldron, Jean Lee, Abbey Lincoln. Steve Potts, : saxophone alto et soprano, vient se greffer au trio, offrant à leur aventure son souffle et son génie. Fidèle comparse de Steve Lacy qu’il accompagne pendant près de trente ans depuis 1973, il apporte et rassemble par son seul jeu, des années entières de légendes du jazz.

Jobic Le Masson, pianiste décrit par la presse « comme un monstre à six mains et trois paires de pieds », fait partie de ce cercle très restreint de musiciens qui produisent un album par décennie, ce qui peut apparaitre paradoxal face à notre époque où la surproduction discographique bat son plein. Né en France en 1968, il débute son éducation musicale, au conservatoire, à l’âge de 7 ans, puis s’expatrie au Etats Unis où il poursuivra ses études, successivement à la Greenwich High School dans le Connecticut, puis, en 1987 à la Berklee School of Music à Boston, où il obtient un diplôme d’ingénieur du son et de Bachelor of Music, avant de retourner en France où il vit depuis 1990. Il organise, depuis 2006, son activité essentielle autour de son trio, dont le premier album « Hill » est paru en 2008. « Song », nous offre un jazz racé et élégant au swing discret mais omniprésent qui draine dans la globalité de son paysage sonore, le souffle de musiciens de légende, tels : Monk, Ellington et Cecil Taylor, mais également celui de certaines productions mythiques du jazz anglais, notamment comme : EDQKeith Tippettet   Graham Collier. On peut percevoir aisément la grande habitude et le plaisir, qu’ont ces quatre musiciens à jouer ensemble, donnant à l’album, une cohésion et une homogénéité parfaites.  Ce trio a, en outre, la particularité d’être une entité où chaque musicien a la capacité d’être « une rythmique » à lui seul, livrant un album puissant et délicat à la fois, où se mêlent avec bonheur, cool, bebop et free. « Song », est l’album incontournable qui marque le retour, tant attendu, de Jobic Le Masson.


Pierre Videcoq - Songazine




 Des histoires, la légende du jazz et un pianiste. 


Jobic Le Masson est pianiste. Et alors ? vous entends-je. Alors il est aussi compositeur. Bon ! Une histoire à lui seul. Une histoire qui a quelque chose à voir avec les 7 Lézards. Il n’est pas question de flemmarder mais de se souvenir de ces clubs de jazz dans lesquels il était possible d’expérimenter, de créer sans craindre une quelconque sanction d’un public tout acquis à la cause de la découverte. Le pianiste en a pleinement profité pour se créer un style. Entre toutes les mémoires du jazz, toutes les histoires qui se rejoignent dans ses compositions et improvisations. Un vrai champ jazzistique – pour utiliser la formule de Alexandre Pierrepont.
Pour cet album, « Song » – il mérite bien son nom, sur la plupart des compositions il serait loisible de mettre des paroles – son trio permet de retrouver John Betsch, longtemps compagnon de route de Steve Lacy, additionné d’un contrebassiste, Peter Giron – actuellement enseignant à Paris – pour une musique qui vacille entre toutes les références, Mal Waldron, l’Art Ensemble of Chicago sans parler de Monk ou de Cecil Taylor sans parler bien sur de Steve Lacy lui-même par l’adjonction d’un Steve Potts au plus haut de sa forme qui nous fait regretter de ne pas l’entendre davantage. 

Plusieurs retours se fêtent – oui c’est une fête – dans cet album. Steve Lacy que personne ne peut oublier, Jobic lui-même dont les albums se faisaient rare, John Betsch, un de ces grands batteurs que les producteurs devraient solliciter et Steve Potts. Personne ne peut ignorer que les deux Steve –Lacy et Potts – ont souvent conversé dans des albums qui restent et font la joie des amateurs. Potts n’a rien perdu ni de sa sonorité ni de son histoire. Jobic se souvient aussi que Steve Lacy et Mal Waldron se sont produits en duo au Dreher. Toutes ces histoires se mêlent et s’entremêlent pour créer une sorte de communication entre les générations. Jobic né en 1968 et Steve Potts qui se fait connaître en 1968 forgent un présent commun.
Une musique de notre temps qui n’ignore rien de son passé mais sans regarder en arrière pour construire des mémoires et ouvrir le champ des possibles. Lumineux, léger cet album sera un des grands albums de l’année à venir. Bonne année 2017.


Nicolas Béniès, le 23 décembre 2015 - Le Souffle Bleu





 



Jobic Le Masson Trio + Steve Potts, Song,Enja/L'autre distribution


Le plus odieux dans la formule journalistique est moins son implacable débilité, que le constat que de temps à autre, bien plus rarement qu'on ne l'utilise, elle convient. Elle idoine même. Elle sied. Donc oui, Jobic Le Masson est bien « le secret le mieux caché » du jazz parisien, depuis trop longtemps pour trouver cela normal. Mais je m'arrêterai là, dans le cadre de ma thérapie contre la quérulence chronique de ces chroniques.

Revenons au pianiste : deuxième album de ce trio après Hill en 2008, mais cette fois avec Steve Potts aux saxophones en plus de Peter Giron et John Betsch (basse et batterie). Soit un line up très marqué par Steve Lacy, parfaitement. Deuxième album en leader pour ce pianiste bientôt cinquantenaire qui a pourtant joué avec beaucoup de monde, notamment les camarades de la scène parisienne de sa génération et notamment ceux passés par le free. Or, Jobic ne joue pas là du free, quoique les incursions plus out aient plus qu'un droit de cité dans l'album (voir le solo de Steve Potts sur « Double Dutch Treat », composé par John Betsch). Song est une caravelle gonflée d'universelle musicalité navigant dans la mer des Sargasses d'une histoire du jazz idéale, sans recherche de concept ni de référence que ceux qui viennent sous les doigts. Sous les heures et les années d'improvisation à quatre, sous la complicité et l'entente qui ont pris leur temps.

Song est peut-être une chanson, filée par un propos très narratif dont les solistes fournissent une trame captivante et soubresauté de mille plateaux : ballade langoureuse à la pulsation bancroche (« Idania »), marche antimilitaire à la solennité fantasque et créatrice (« Tangle »), up tempo dont l'évidence masque la précision de l'arrangement et de l'interprétation (« Cervione »), etc. Song est peut-être la somme des influences de son leader, revendiquées ici à travers Waldron et Monk (j'aime ce type,!), suggérées dans le jeu de chacun des solistes. Song est peut-être sa diversité musagète, peut-être plus que la somme de quatre individualités fortes dont chaque solo touche juste, c'est-à-dire au cœur de tout ce qui fait que nous écoutons de la musique, dans la simplicité d'une tonalité comme dans la touffeur ésotérique de vocabulaires plus complexes. Song est peut-être tout cela, et plus encore tout ce qu'on ne peut écrire ni dire, parce que Song est. Ça suffit bien à préserver cette vie de toute attaque journalistique, dont le plus odieux reste de réifier les êtres vivants. Alors faisons silence, devant la chanson de ce quartet précieux.


Le 29 novembre 2016, par Pierre Tenne - DJAM





« You Must Think I’m Crazy »

   

Steve Potts dans la petite salle des Ateliers du Chaudron : réunion «de famille » et/ou histoire de « fou(s)». La famille, ce soir c’est une quarantaine de personnes face à qui le saxophoniste improvise une analyse de cette musique dont le nom ne sera jamais prononcé, navigant entre slang et conservatoire – « Play some shit, man ! » lance-t-il au pianiste, avant de sous-titrer « Pourriez-vous nous jouer une sorte de cadenza ? » Et Jobic Le Masson, pas moins hilare que ses compagnons, construit aussitôt sur son clavier (aujourd’hui en bien meilleur état aujourd’hui que d’autres dimanches aux Ateliers – pianistes invités par Potts, ont déjà défilé Sophia Domancich, Kirk Lightsey, le très inattendu Gianni Lenoci…) un édifice à motifs graves et réitérés, où une vivacité obsessionnelle effleure les frontières "free" d’un Mal Waldron et des effluves bleu (Monoblue). Quant à cette folie, incluse dans le titre qui conclura la soirée et devrait être aussi celui d’un album attendu-espéré depuis deux ans, déclamée à la manière d’une comptine avant d’être reprise par le sax puis l’orchestre, elle ne sera pas sans rappeler certaines compositions que Steve Lacy annonçait verbalement en guise de trame mélodique et rythmique et à quoi Potts avait participé jadis (cf. La Motte Picquet, 1972). Le moins surprenant dans cette conjugaison d’oralités ne sera surtout pas la série d’explosions vocales de John Betsch ponctuant-soulignant son drumming quasi idéal, d’une exceptionnelle précision et d’une richesse picturale qui n’en finissent pas de nous fasciner, tandis que l’hilarité impassible de cet orfèvre des idiophones fait penser (à ceux qui l’ont vu et entendu live) au sourire d’un Jo Jones. Un tel mixte de gaieté affichée et de perfection du jeu pimenté de chaleureuse ironie pourrait bien être un syndrome de cette Steve Potts Family, pourtant à dimension et composition variables, et ce n’est sûrement pas l’enfant du Bronx Peter Giron (installé en France depuis une dizaine d’années) qui fera exception : dans la moindre des ses interventions, virtuosité, humour et plaisir de jouer sont d’une réjouissante évidence. Parenthèse pédagogique : une exquise et plaintive Eleanor dont Potts rappellera aux ignorants et amnésiques qu’Eleanor Fagen fut aussi un des noms de "Lady Day". Venu dans les dernières minutes compléter la "famille", Rasul Siddik, le compatriote de Miles Davis et Joseph Bowie qui fait désormais partie de la jazzosphère parisienne, allait, de sa trompette exacerbée, élargir le spectre de l’éphémère confrérie. Autant dire que l’éventail de ces folies aurait mérité d’être déployé plus longtemps. En 2013 nous promet-on ... 


Philippe Carles© 2012 - Jazzman