Le trio Jobic Le Masson n’est pas un trio. C’est un monstre à six mains et trois paires de pieds, une chimère jazzistique qui trace son chemin de traverse dans un paysage d’influences où se mêlent le Cool, le Be‐Bop et le Free. Monk, Ellington, Cecil Taylor et Mal Waldron y côtoient Satie dans un panthéon musical éclectique, un mix à la fois exigeant, sensible et jouissif.

Ils ont joué beaucoup, souvent, longtemps, et ça s’entend : leur musique s’est rodée sur scène et sur la route, dans les bars et les clubs de France et d’ailleurs, au fil d’une complicité qui tient du miracle. C’est à la fois fluide et dansant, méditatif et profond, en équilibre constant sur une ligne musicale qui n’oublie jamais – en prime – de s’appuyer sur un swing aussi discret qu’élégant.

La première fois que j’ai entendu Jobic Le Masson, c’était un autre trio, une autre musique, dans un club parisien en contrebas de Ménilmontant. Et dans l’allée, un couple s’était mis à danser. Depuis quand n’a‐t‐on pas dansé sur du jazz ?
Mais Jobic a ce talent d’être une section rythmique à lui tout seul. Partout où il pose ses doigts sur un clavier, « ça » danse. Qu’il s’envole dans une improvisation acrobatique (Waldron Well) ou qu’il suive pas à pas, note à note, la méditation d’une intériorité élégiaque où l’on se perd avec lui (Song), il y a toujours ce swing.

Peter Giron, bassiste au pedigree irréprochable (Luther Allison, Kurt Elling, Rhoda Scott), et John Betsch, batteur de légendes (Archie Shepp, Mal Waldron, Steve Lacy), font plus que l’accompagner : ils dansent avec lui dans un pas de trois où Peter fait chanter ses cordes et John fait jongler ses baguettes.

Steve Potts offre à leur aventure son saxophone et son génie, ainsi que trois compositions où s’illustre son invraisemblable aisance et la puissance de son souffle.


Jean‐Luc Estebe